La crise oubliée

Alors que les précédentes campagnes présidentielles étaient souvent marquées par la présence et parfois l’engagement des candidats dans la résolution de crises sociales, on peut se demander quelles sont les raisons de l’absence de ces problématiques liées à des plans sociaux et autres menaces de délocalisation, dans les débats politiques et journalistiques. Cette question nous semble d’autant plus pertinente que nous sommes déjà à la mi-février, soit moins de trois mois avant le premier tour de la présidentielle. Pourtant les cas de restructurations sociales, annoncées ou en cours, ne manquent pas. A l’instar de Sotralentz, la Voix du Nord, Brisach, Whirlpool, Vivarte, ces situations sont semble-t-il condamnées à figurer dans les rubriques économiques des quotidiens régionaux.

Alors que dans les précédentes campagnes les candidats se précipitaient au chevet des malades, ce silence peut s’expliquer par trois hypothèses :

  • Un risque élevé pour de faibles retours

Les crises sociales ne font plus recette et s’est installée depuis une décennie une lassitude, voire une normalisation des plans sociaux, de moins en moins souvent mise en exergue dans les médias. Tout déplacement d’un candidat sur le front social pourrait l’entrainer loin du cadre symbolique du sauveur potentiel, pour devenir un piège médiatique, avec des images de défiance. Et aucun candidat n’est à l’abri de se voir invectivé et mis en défaut.

  • La campagne tourne autour d’elle-même

La campagne pour la présidentielle de 2017 n’a pas encore réellement commencé. À l’instar du meeting de François Fillon à La Villette, de celui d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen à Lyon. Sans oublier celui de Benoit Hamon à la Mutualité, ou le double meeting holographique de Mélenchon. Tous ces candidats se focalisent pour l’instant sur leur légitimité, notamment à l’égard de leur stature de présidentiables et de leur crédibilité comme candidats à la présidentielle. Il nous semble qu’il est donc encore tôt pour mettre en avant le sujet social, à haut risque.

  • La campagne est « hors sol »

La course à la légitimité éloigne les candidats des vrais sujets. On retient par exemple du meeting de Mélenchon surtout son double holographique, de ceux de Fillon sa défense face aux accusations qui l’accablent. De plus, quand les sujets sont abordés ; défense, Europe, économie, c’est davantage sous l’angle du constat (tout va mal), des intentions (mon projet est le meilleur pour la France), que des véritables promesses. Cela donne une impression de discours sans ambition performative, voire sans acte.

D’autant plus que cet éloignement de la parole politique du terrain trouve par ailleurs son pendant dans le traitement médiatique minimaliste des crises sociales, ce pourrait légitimer un sentiment de rupture entre ce que disent les discours des candidats et les attentes des électeurs vis-à-vis de ces discours.